Le 5 décembre

mardi 24 janvier 2017

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5 décembre 2016 - Place du Général Sarrail à Nantes
5 décembre 2016 à Nantes

Rappel historique

La France ne commémore pas la capitulation de Sedan signée le 2 septembre 1870, qui entraine pourtant la proclamation de la IIIème République le 4 septembre, ni l’armistice de Compiègne du 22 juin 1940 qui mit fin provisoirement aux combats entre la Wermacht du IIIème Reich et l’armée française. Il n’est donc pas décent de rappeler la signature des pseudo Accords d’ Evian du 19 mars 1962.

En réalité, le 19 mars 1962 n’a nullement été la signature du « cessez le feu » en Algérie. Plus que tout, il n’y a jamais eu « d’accord d’ Evian » comme on le voit souvent écrit. Le terme « accord » ne figure nulle part dans le document original signé à Evian. On ne trouve en page 2 que l’expression « Déclaration d’ Evian ». Seule la couverture du document édité à postériori mentionne le terme accords, sans que l’on sache qui a décidé de ce titre.

Il ne s’agit donc nullement d’accords. Tout le texte est rédigé au futur, ne formulant que des intentions, sans préciser ce qui se passerait si ces intentions n’étaient pas respectées. Les signataires du côté français engageaient la parole de la France. Du Côté algérien, les négociateurs, émissaires d’organisme algériens, retournèrent avec le texte à Tripoli pour le faire avaliser. Le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (G.P.R.A.) refusa d’endosser ce que ses envoyés avaient accepté à Evian.

Ces prétendus Accords n’ont donc jamais été signés et le 3 septembre 1962, le G.P.R.A. adversaire résolu de la « déclaration d’ Evian », renversait le gouvernement algérien ce qui mettait fin à tout espoir de ratification. Dans l’année qui suivit, il y eu plus d’enlèvements, d’assassinats , de disparitions, tant de musulmans pro français et d’européens, que durant toutes les années de guerre précédentes. A ce jour, 534 militaires français « morts pour la France » pour faits de guerre depuis le 2 juillet 1962, ont été recensés.

Le gouvernement algérien, non content de son refus , choisissait de retenir le 19 mars pour la célébration de « sa victoire » sur la France. En 1997, il éditait un timbre à cette occasion.
Le 19 mars 2004, le quotidien « El Moujahid » écrivait encore : « le 19 mars 1962 a marqué la victoire finale et indiscutable du peuple algérien (sur la France coloniale)… ».

Dans le même temps, en France et depuis quarante ans, les anciens combattants d’ A.F.N souhaitaient qu’un jour commémoratif soit choisi pour honorer la mémoire de leurs compagnons d’armes tombés au champ d’honneur.
Un profond désaccord sur la date à retenir pour cette célébration officielle a longtemps empêché d’aboutir. Le Président Mitterrand lui-même déclarait, en 1981, que ce ne pouvait être le 19 mars.

Le décret du 26 décembre 2003 a institué le 5 DÉCEMBRE, jour d’hommage à tous les "Morts pour la France" d’Algérie, du Maroc et de Tunisie.

DEVOIR DE MEMOIRE certes, mais aussi appel à l’UNITÉ DU MONDE COMBATTANT. Tels sont bien, à la fois, la lettre et l’esprit de ce décret, prescrivant de pavoiser les édifices publics le 5 décembre et d’organiser dans tous les départements, des cérémonies officielles en hommage à tous les « Morts pour la France » de la guerre d’Algérie et les combats du Maroc et de Tunisie.

En effet,

— Ces cérémonies officielles du 5 décembre ne visent pas à commémorer une date, historique ou pas. Laquelle faudrait-il choisir d’ailleurs, puisque parmi celles qui avaient fait naître quelque espoir à l’époque, aucune n’a résisté aux dures réalités de l’Histoire ?

— Il ne s’agit pas davantage de célébrer la fin d’un conflit puisque ce dernier s’est hélas prolongé, de façon unilatérale certes, bien au-delà du cessez-le-feu officiel.

— Il s’agit, bien au contraire, de rendre hommage à ces quelque 24 000 valeureux compagnons d’armes, militaires d’active, appelés et rappelés du contingent, fonctionnaires civils et de police, harkis et moghasnis, infirmières, ambulancières et auxiliaires féminines, tous et toutes tués dans l’accomplissement de leur service, de leur devoir d’état ou de citoyen, pour défendre ce qui était alors bel et bien territoire français, ou placé sous la protection de la France.

Le 5 décembre, la France entière se recueillera désormais dans le souvenir de ceux qui, de 1952 à 1962 [1] , ont versé leur sang en Afrique du Nord, pour que les valeurs de Liberté, d’Égalité, et de Fraternité demeurent dans ces pays, notamment sur cette terre d’Algérie si attachante, et qui a tant souffert depuis. L’officialisation, au plan national, de la date du 5 décembre n’est donc pas une manœuvre politicienne. C’est, bien au contraire, une mesure d’apaisement. Elle a précisément été retenue afin de sortir de la querelle, hélas trop politisée, des autres dates proposées antérieurement.
Il faut maintenant œuvrer pour que cette décision mette, enfin, un terme à ce débat sans issue qui divisait le monde combattant depuis de si longues années.

Toutes les associations, notamment celles qui regroupent les anciens d’ A.F.N, doivent donc être très clairement invitées à participer aux cérémonies qui se dérouleront désormais chaque année, le 5 décembre, dans leur commune, leur département ou à Paris.

Il convient, parallèlement, de veiller, lors de ces cérémonies officielles, à la participation des autorités préfectorales et militaires (mais aussi des Maires) tout en les invitant à ne pas se disperser dans d’autres commémorations associatives, ce qui ne pourrait que brouiller le message adressé au monde combattant et à l’opinion publique.

Notons, enfin, que les cérémonies du 5 décembre ayant désormais un caractère national et officiel, toute incitation à les boycotter doit être considérée comme une invitation à la désobéissance civique !


[1Entre le 2 juillet 1962 et le 1er juillet 1964, les opérations ont continué avec des "morts pour la France" et des citations au titre de la Croix de la Valeur Militaire.