La page du souvenir

jeudi 6 juin 2013
par  Jean-Louis VASSEROT

GRAUDENZ - LA FORTERESSE DE LA MORT LENTE.

Qui n’a jamais entendu parler de Graudenz, surnommée « La forteresse de la mort lente », camp de détention où plusieurs milliers de prisonniers de guerre français, anglais, belges, polonais, américains et même italiens, ont été internés entre 1941 et 1945 ? Personne ou presque.

Pourquoi ce silence ? Ces prisonniers n’étaient pas internés pour des raisons politiques ou raciales, plus simplement ils étaient soldats, prisonniers de guerre comme de nombreux autres français, mais peu nombreux. Ils n’ont donc probablement pas présenté de retombées médiatiques ou autres, intéressantes.

Pourtant, si l’on se souvient volontiers du camp de Rawa-Ruska comme un des hauts lieux du traitement inhumain des hommes durant la seconde guerre mondiale, Graudenz est très largement son équivalent.

Situé en Pologne, au bord de la Vistule, à un peu plus de 100 kilomètres au Nord de Varsovie, la forteresse de Graudenz était la cellule mère de toute une organisation de camps annexes, répartis à l’Est du territoire allemand et de ses territoires annexés.

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GRAUDENZ et ses camps annexes

Des prisonniers de guerre français de tous grades y ont été internés. Rebelles à la discipline des autres camps d’internement et en particulier ceux qui avaient comparu devant un tribunal militaire allemand voire un simple officier de justice, pour « actes portant atteinte à la puissance morale ou à la force matérielle de l’Allemagne en guerre ». En réalité, tout ce qui pouvait être considéré comme résistance ou attitude hostile de la part d’un prisonnier de guerre, méritait d’être sévèrement puni de prison en forteresse, selon le principe de la terreur substitué à celui de la justice.

La Convention de Genève de 1925 s’appliquant aux prisonniers de guerre n’était pas observée à Graudenz, dont le régime était à peu près identique à celui des camps de concentration, le crématoire en moins.

Les prisonniers n’ont pas le droit de lire, de parler à haute voix, de fumer, de jouer aux cartes ou à quelque jeu que ce soit, de siffler, de chanter, d’écrire, de posséder un couteau ou un crayon, de recevoir un colis individuel dont le contenu était confisqué ou les vivres de la Croix Rouge. Le courrier, quand il était distribué, était limité à une lettre par mois.

A la moindre indiscipline les coups étaient distribués généreusement. Le sommeil était volontairement fragmenté par des appels fréquents interminables.

Le travail, forcé, était fait dans des conditions extrêmement dures, pendant une journée commençant avec le réveil à 5 heures, une heure d’exercices physiques divers obligatoires, puis une marche de plusieurs kilomètres vers le lieu de travail ou Kommandos, suivie de 10 heures de travail et cela, six jours par semaine. Le Dimanche, travail le matin suivi l’après midi de rassemblements divers, nettoyages et revues, le tout sous la contrainte.

Pour supporter ce régime disciplinaire, les prisonniers recevaient une ration quotidienne limitée à 200 grammes de pain et de la soupe claire.

La réputation de cette forteresse était terrible : un prisonnier de guerre devant y subir une peine supérieure à une année, était assuré de ne pas en sortir vivant.

Combien de prisonniers français y ont été incarcérés ? On ne le sait pas exactement car les dossiers ont été détruits lors de la libération de ce camp. On avance les chiffres de 7.000 à 9.000, mais 14.000 environ semble le plus probable. Combien en sont revenus ? 3.000 à 4.000 guère plus. Ces chiffres se passent de tous commentaires et résument la brutalité de la détention dans cette forteresse.

Après la guerre les survivants se sont regroupés au sein de l’Union des Internés de la Prison Forteresse de Graudenz, pour éviter que le souvenir de ce qui a été soit perdu, car Graudenz, qui s’en souvient ?

Les anciens internés disparaissent peu à peu et n’existeront bientôt plus. Leurs enfants assurent maintenant la relève du souvenir. N’oublions pas, non pour aviver le ressentiment, mais pour garder en mémoire que la justice et la tolérance sont des vertus fragile.

Article fait à partir des éléments contenus dans le livre écrit en 1985, par Monsieur Jean-Charles Lheureux.

Guy Ménard - Jean-Louis Vasserot. Sainte-Luce sur Loire.

LIVRE DU MEMORIAL POUR LE RECUEILLEMENT ET LA PAIX

Le Livre du Mémorial énumère les noms , lieux et circonstances des décès des 343 citoyens de la Loire-Atlantique "Morts pour la France" en Algérie, au Maroc et en Tunisie, de 1952 à 1964.
Des oublis ont été constatés depuis la parution du livre. En attendant une nouvelle édition comblant ces oublis, la "Page du Souvenir" y contribue.

Si vous avez des éléments pouvant nous aider à compléter le livre, transmettez les nous.

SABORDAGE DE LA FLOTTE A TOULON LE 27 NOVEMBRE 1942

Le 11 novembre 1942, en riposte au débarquement des forces anglo-américaines en Afrique du Nord, les troupes allemandes occupent la zone libre administrée par le gouvernement de Vichy, à l’exception du camp retranché de Toulon et des forts protégeant le port, restant sous administration de l’armée française selon les termes de l’armistice de 1940.

Le 26 novembre rompant ces termes, la Luftwaffe mouille des mines magnétiques dans la rade de Toulon, pour interdire de départ des navires de La Flotte, consignés dans le port. Le 27, avant l’aube, les troupes allemandes progressent en 3 colonnes vers Toulon, pour s’emparer des forts, des autorités militaires, des arsenaux et des navires de combat à quai.

A 04H30, le Chef d’Etat Major, présent dans le poste de commandement du Préfet Maritime envahi, avant d’être fait prisonnier, parvient à envoyer l’ordre de sabordage à l’amiral commandant La Flotte.

A 05H30, les chars allemands pénètrent dans le port. L’ordre d’évacuation et de sabordage des bateaux est alors transmis à partir du navire amiral. Les équipes préalablement désignées, profitent du temps mis par les allemands à se repérer dans les arsenaux et le port, pour accomplir leur mission.

Les 90 navires des " Forces de Haute Mer" présents, sont coulés et irrécupérables. 32 navires de petit tonnage sans grande valeur militaire car endommagés, sabotés ou désarmés, sont capturés. 5 navires peuvent s’échapper, dont 3 sous-marins gagneront les ports d’Afrique du Nord.

Les photos qui suivent, viennent de mes souvenirs familiaux et me sont personnelles. Elles ont été faites par un de mes parents, officier de marine basé à Toulon à l’époque, après avoir subi l’attaque anglaise de Mers el Kébir en 1940.

Ces photos parlent d’elles même sans qu’il soit besoin d’y ajouter des légendes. Certaines sont inédites.

Jean-Louis Vasserot

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